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Deuxième mi-temps. Luc Abalo, monté sur ressorts, décolle vers le gardien Cyril Dumoulin. Moins d’un mètre sépare les deux adversaires. Toujours en suspension, l’ailier droit parisien arrive à la hauteur du portier nantais. Il pourrait tirer, mais attend quelques microsecondes. Juste avant de poser le pied au sol, il shoote et marque.

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David contre Goliath. Le gardien est à la merci de son adversaire dans des face-à-face impossibles. Partir perdant et triompher : voilà ce qui excite le portier. Sa drogue, ce sont les duels. Ses armes : des réflexes hors-normes, une grande souplesse et une capacité à exploser, bras et jambes largement écartés, au dernier moment face au tir du joueur.

Au cours de sa carrière, Thierry Omeyer a passé des milliers d’heures devant les écrans, à s’imprégner des habitudes de jeu des tireurs en visionnant des matchs. La veille de chaque rencontre, il révise une dernière fois avant d’aller se coucher. « Comme ça, je m’endors en pensant aux tireurs… J’en rêve la nuit. (rires) »

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« Dans un match, la vidéo c’est trois à cinq arrêts en plus, estime Mickaël Robin, gardien du club de D2 de Créteil. Il faut aborder le match en se disant : ce joueur a tiré là sur les trois derniers matchs, bloquons cette solution et voyons s’il est capable de s’adapter. » Ce travail ne fait pas tout. « Tu sais que le mec va tirer premier poteau, mais c’est grand le premier poteau, analyse Cyril Dumoulin, goal de Nantes. Je dois être précis dans ma parade. » Le gardien doit l’être d’autant plus que lui-même est observé et travaillé en vidéo par les attaquants.   

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Le gardien Bruno Martini scrute le suédois Ljubomir Vranjes. « Il n’osait pas me regarder, se souvient le portier, je ne le sentais pas serein. » Le Français se grandit dans sa cage. « Je voulais qu’il me voie moi et qu’il ne voie pas le but. » Sous pression, le demi-centre répète les mêmes feintes, mécaniquement. Il finit par shooter, en déséquilibre. Martini arrête le tir et tombe à genoux. Les Bleus sont champions du monde.

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Le penalty est un moment de duel pur entre tireur et gardien. « C’est un moment très particulier, toute la salle s’arrête, décrit Philippe Bana, directeur technique national. L’équipe adverse doit même être de l’autre côté du terrain. » En moyenne, le gardien arrête un penalty sur cinq.

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Penalty ou pas, après un arrêt, le duel mental se poursuit. Valérie Nicolas, ancienne gardienne des Bleues, poussait des cris de rage après chaque parade. Elle se précipitait sur la tireuse en échec pour la provoquer du regard et rentrer dans sa tête. Déstabilisées, certaines joueuses renonçaient à tirer et préféraient la passe de trop. « Dans ces moments-là, confie-t-elle, tu te dis “elle me craint, je vais l’enfoncer”. »

En 2003, face au Français Bertrand Gille, le gardien allemand Henning Fritz pousse le duel mental très loin. Il apostrophe le pivot, lui hurle dessus après chaque parade. Il enjambe même le joueur, tombé à terre après un shoot manqué. Bertrand Gille, pourtant élu « meilleur handballeur du monde » l’année précédente, craque. Il rate six tirs sur sept et l’Allemagne se qualifie (23 -22) pour la finale du Mondial. Quinze ans plus tard, il nie. « Les arrêts de Fritz m’ont déstabilisé, assure-t-il, pas son attitude envers moi. »

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