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Plus qu’aucun autre joueur, le gardien a le pouvoir de hisser son équipe vers la victoire. « Dans un match, estime David Barrufet, manager de l’équipe de Barcelone et ancien gardien, le boulot du gardien, c’est 60% de la victoire. » En 2008, le club de Nice, alors en Nationale 2, propose un contrat à Valérie Nicolas, trois fois championne de France et championne du monde en 2003, qui vient de rompre avec le club danois d’Ikast pour préparer sa reconversion. La gardienne accepte. En quatre ans, elle propulse le petit club au sommet. « De N2, on passe directement en N1. L’année suivante, on est champions en D2 puis en 2012, on est en D1. Et sans me vanter, je sais que j’ai une grande responsabilité là-dedans », raconte aujourd’hui Valérie Nicolas.

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Dans ce match, les Françaises font face à Katrine Lunde, la meilleure gardienne de la compétition. Elles enchaînent les tirs inattendus et explosifs. La Norvégienne sombre.

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À l’autre bout du terrain, Amandine Leynaud garde son sang-froid. Elle fait les bons arrêts aux bons moments. Notamment quand sa défense est en infériorité numérique. « Après ça, les Norvégiennes baissent d’un ton, décrit Janine Gaillard. Elles ne se sentent plus capables de marquer. Elles sont découragées. » À vingt secondes de la fin, les Bleues mènent 23-21. Stine Bredal Oftedal, l’arrière norvégienne, déclenche une frappe depuis les neuf mètres. « C’est instinctif, se souvient Amandine Leynaud. Je la vois armer par un tir en-dessous. Je sais où elle va tirer. Je me dis : “En finale, hors de question que je le prenne” ! » Elle arrête la balle et concrétise la victoire. La France est championne du monde.

La victoire se porte à deux. Lors de cette finale, Amandine Leynaud peut compter sur sa co-gardienne Cléopâtre Darleux, qui rentre pour neuf minutes de jeu et arrête un penalty important. Entre eux, les gardiens d’une même équipe s’entraident, se tendent la serviette, discutent seuls dans leur coin durant les temps morts. Le gardien qui joue peut compter sur une deuxième paire d’yeux, qui repère ce qui lui aurait échappé chez l’adversaire. « On a un rôle à jouer même si on ne met pas un pied sur le terrain de tout le match », estime Cyril Dumoulin à propos de son duo avec Arnaud Siffert.

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Dernier rempart avant le but, le gardien est aussi le premier attaquant. La fin des années 1990 a vu l’avènement de l’engagement rapide. Une fois le but marqué ou l’arrêt effectué, le gardien renvoie la balle directement aux joueurs sans attendre le replacement des défenseurs adverses. Cléopâtre Darleux, dont c’est la spécialité, confirme : « Un gardien qui fait ça bien, c’est une vraie plus-value pour une équipe. Exceller en jeu rapide fait gagner des matchs. »

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Depuis les Jeux Olympiques de Rio en 2016, une nouvelle règle permet à une équipe de hand d’attaquer à sept, sans gardien dans son but. Une aubaine pour le gardien adverse, qui peut marquer depuis l’autre bout du terrain dans une cage vide. En match contre Saint-Raphaël en 2016, Thierry Omeyer met quatre buts et fait gagner son équipe 28 à 24. Ce soir-là, un seul joueur de champ a davantage marqué, son coéquipier du PSG, l’ailier Uwe Gensheimer.

Mais le gardien n’est jamais aussi décisif que lorsqu’il entre dans un état de transe. Plus que jamais fort de ses connaissances et sûr de ses réflexes, il devient invincible et sa cage, inviolable. Le temps ralentit, et les balles avec lui. Des moments rares, dont le gardien profite au maximum, sans savoir s’ils se reproduiront.

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Laura Glauser entre dans les dernières minutes de jeu et stoppe cinq tirs sur sept. Elle se métamorphose en un mur infranchissable qui ne laisse passer qu’un penalty et une contre-attaque. À 40 secondes de la fin, sa parade arrête le score à 24-23. Époustouflante, elle envoie les Bleues en finale. Tout le monde s’en souvient. Sauf elle. « Je suis incapable de vous dire ce qui s’est passé entre le moment où le coach m’a appelée et le coup de sifflet final… J’étais transcendée ! » Assommé ou au sommet de son art, le gardien de handball voit toujours les étoiles.

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